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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 09:56

 

Hier, à Tours, dans le cadre du Salon Fougère, j'ai fait une conférence sur la vitamine D, qui comme l'année dernière, a remporté un vif succès. Pour ceux et celles qui n'ont pu être présents, et pour tous les autres, voici un large extrait de cette conférence :

 

« Cela fait près d'un siècle que l'on a découvert la vitamine D. Après une période aussi longue, on s'attendrait à ce que l'on sache déjà tout à propos de cette vitamine. Or, c'est encore loin d'être le cas. Pour preuve, la progression exponentielle du nombre de publications scientifiques consacrées à la vitamine D.

 

Au début, pourtant, tout semblait limpide : grâce à la vitamine D, les enfants pouvaient enfin être protégés du rachitisme. Estampillée « vitamine du squelette », la vitamine D méritait bien son petit nom scientifique : calciférol, « qui porte le calcium », en référence à son rôle déterminant dans le métabolisme phosphocalcique.

 

Les décennies passèrent, et au début des années 60, sur la base des connaissances scientifiques de l'époque, attribuant à la vitamine D une action limitée à la seule sphère osseuse, un comité d'experts considéra, de manière arbitraire, que les adultes, dont la croissance est terminée, n'avaient finalement besoin que de la moitié des apports conseillés aux bébés. Les autorités sanitaires intégrèrent cette donnée au moment d'évaluer les Apports Journaliers Recommandés (AJR).

 

Encore aujourd'hui, les autorités sanitaires françaises perpétuent cette approche des choses – que l'on sait maintenant infondée -, avec des AJR d'un autre temps. Certes, le nourrisson s'en tire bien, avec des AJR de 800 à 1000 UI entre 0 et 12 mois. Par contre, l'adulte peut se contenter de 200 UI par jour, soit non pas 2, mais 4 à 5 fois moins que le nourrisson - alors qu'un adulte pèse en moyenne 8 à 9 fois plus qu'un nourrisson de 6 mois ! Et entre le stade de nourrisson et d'adulte, me direz-vous ? Eh bien, les AJR tombent à 400 UI entre 1 et 3 ans et, de manière incompréhensible, à 200 UI à partir de 4 ans, alors qu'à cet âge, l'enfant est encore très très loin d'en avoir terminé avec sa croissance. Bref, ces AJR sont à la fois dépassés et incohérents.

 

Cela est d'autant plus désolant que le regard que l'on portait sur la vitamine D a complètement changé dès la fin des années 60 – oui, des années 60 ! - grâce aux avancées de la biologie moléculaire. Deux découvertes de taille furent faites à cette époque :

  1. la vitamine D subit dans l'organisme une série de transformations qui, au final, font d'elle une puissante hormone stéroïde ;

  2. il existe des récepteurs à la vitamine D un peu partout dans l'organisme, signe indubitable que cette vitamine-hormone exerce de nombreux effets extra osseux.

 

Plus tard, les avancées de la génétique permirent de mettre en évidence que la vitamine D, sous sa forme active, c'est-à-dire sous sa forme hormonale, agissait au niveau de l'ADN même, où elle se montrait capable de réguler directement ou indirectement l'expression de nombreux gènes, peut-être 2000, voire jusqu'à 6000 ! Pour l'heure, suite à la publication d'une étude en 2010, on sait déjà avec certitude que la vitamine D contrôle directement l'expression de 229 gènes, dont beaucoup impliqués dans les cancers et les maladies auto-immunes ou à composante auto-immune (sclérose en plaques, lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde, maladie de Crohn...) (1).

 

La vitamine D apparaît désormais comme un nutriment incontournable dans le cadre de la prévention primaire du cancer. Elle intervient dans la régulation du cycle cellulaire (prolifération, différenciation, apoptose) et stimule l'expression de deux gènes suppresseurs de tumeurs, les gènes p21 et p27. De surcroît, moults études écologiques montrent que plus on s'éloigne de l'équateur – et donc des régions du globe bénéficiant du meilleur niveau d'ensoleillement -, plus le nombre de certains types de cancers augmente. Idem pour certaines maladies auto-immunes telles que la sclérose en plaques ou le diabète de type 1.

 

La nature étant bien faite, ce n'est évidemment pas un hasard si le récepteur à la vitamine D est présent dans les différents types de cellules immunitaires. Preuve du rôle crucial joué par la vitamine D au niveau immunitaire : elle stimule la synthèse de notre antibiotique naturel, la cathélicidine. Cette petite protéine se montre capable de répondre en quelques minutes aux agressions des agents pathogènes (bactéries, virus). Seulement, l'activation de la cathélicidine nécessite que l'organisme dispose de réserves suffisantes en vitamine D.

 

Bien avant que l'on découvre la vitamine D, les médecins avaient déjà remarqué que les enfants atteints de rachitisme étaient plus sensibles aux infections et, notamment, davantage susceptibles de souffrir de pneumonie. Seulement, à cette époque, les médecins étaient encore à mille lieues d'imaginer qu'il puisse exister un facteur commun à ces deux phénomènes, à savoir la vitamine D. En effet, chez une personne véritablement carencée en vitamine D, l'activation de la cathélicidine ne se fait plus. L'immunité naturelle s'en trouve « déprimée » et, du coup, l'infection peut s'installer, se propager, s'aggraver, voire dégénérer.

 

Depuis quelques années, on parle beaucoup plus des maladies nosocomiales, de ces infections que l'on contracte à l'hôpital, comme le fameux staphylocoque doré multirésistant – sous-entendu multirésistant aux différents traitements antibiotiques. Eh bien, sachez que la vitamine D peut vous aider à mieux vous protéger ou pour le moins, à diminuer la sévérité de ce genre d'infections et donc le temps et les frais d'hospitalisation qui en découlent. Aux États-Unis, des chercheurs ont suivi des vétérans de l'Armée américaine ayant « attrapé » une infection à l'hôpital (essentiellement staphylocoque doré multirésistant et Clostridium difficile – à l'origine de diarrhées sévères). Résultat : un temps d'hospitalisation quatre fois plus long pour le groupe de vétérans souffrant d'une carence en vitamine D, avec en corollaire des frais médicaux plus de cinq fois supérieurs à ceux constatés au sein du groupe de vétérans non carencés en vitamine D (2) !

 

À l'heure où les comptes de la sécurité sociale demeurent désespérément dans le rouge, malgré chasse au gaspi et déremboursements massifs, ne conviendrait-il pas de prendre davantage en compte le « facteur D », d'autant plus que le coût d'une supplémentation en vitamine D est excessivement peu élevé... »

 

 

 

* * * * * * * * * * * *

Notes :

  1. Ramagopalan, Genome Research, 2010 Aug

  2. Youssef, Epidemiol Infect, 2010 Sept

 

 

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