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Comme la déficience en vitamine D s'observe en différents points du globe et qu'elle affecte énormément de monde, il est tentant de la qualifier de véritable épidémie, même si ce terme ne recouvre aucune réalité médicale. Cependant, est-il si inapproprié que cela de parler d'épidémie quand on découvre qu'il y a transmission de la déficience en vitamine D de la mère à l'enfant ? Pire, il n'est pas rare que le statut en vitamine D des nouveau-nés soit encore plus mauvais que celui de leur mères !

 

Le manque de vitamine D n'est pas sans conséquence sur la santé de la femme enceinte et de sa progéniture. Chez la femme enceinte, la déficience en vitamine D est associée au risque de diabète gestationnel, de prééclampsie et de vaginose bactérienne. Chez le jeune enfant, la déficience en vitamine D peut se traduire par divers problèmes de santé : hypocalcémie néonatale, faible poids de naissance, fragilité osseuse, affections respiratoires sévères (notamment bronchiolite sévère), asthme infantile ou encore susceptibilité plus grande aux maladies auto-immunes (notamment diabète de type 1).

 

En France, les Apports Journaliers Recommandés (AJR) en vitamine D pour les femmes enceintes et allaitantes sont de 400 UI. Ces AJR ne sont pas à considérer comme des apports optimaux, mais comme des apports minimaux. En effet, les AJR sont fixés dans le but d'éviter à la quasi-totalité de la population les risques de carence classique. Ex : anémie pour le fer, scorbut pour la vitamine C, rachitisme chez l'enfant et ostéomalacie chez l'adulte pour la vitamine D. Pour déterminer les AJR de la vitamine D, on s'est tout bonnement inspiré d'une pratique ancienne d'abord apparue sur les côtes des pays scandinaves et du Royaume-Uni, à savoir donner aux enfants une cuillerée à café par jour d'huile de foie de morue pour les protéger du rachitisme. Or, une cuillerée à café d'huile de foie de morue contient approximativement... 400 UI de vitamine D !

 

Pour satisfaire ses besoins, un organisme en relative bonne santé utilise quotidiennement de l'ordre de 3000 à 5000 UI de vitamine D. L'exposition de la peau aux rayons du soleil assure à elle seule 90, voire 95 % des apports en vitamine D, le reste provenant de l'alimentation, essentiellement des poissons gras. À condition de les respecter, les AJR ne couvrent donc que 5 à 10 % des besoins journaliers de l'organisme. À cause de notre style de vie qui nous éloigne du soleil, leur part demanderait à être augmentée de manière significative, en particulier au cours de la grossesse. À l'occasion de la publication d'un rapport en juin 2012, l'Académie de Médecine a manifestement pris en compte ce paramètre en réclamant une réévaluation des apports oraux quotidienx en vitamine D. Pour ce qui est des femmes enceintes et allaitantes, elle recommande un apport de 800 à 1000 UI par jour. L'effort est louable, mais on ne fait que simplement s'approcher de l'apport optimal.

 

L'apport optimal est défini par les meilleurs experts internationaux en matière de vitamine D, à travers les guidelines destinés aux professionnels de santé. Le « guide de référence » actuel est celui de The Endocrine Society, publié en juin 2011. Dans ce guide, on recommande aux adultes de plus de 18 ans ainsi qu'aux femmes enceintes 1500 à 2000 UI par jour. Idem pour les femmes allaitantes, sauf si le bébé n'est pas supplémenté en vitamine D, auquel cas l'apport oral quotidien peut être augmenté pour éventuellement atteindre 4000 UI, voire plus. Depuis 2007, la Société canadienne de pédiatrie préconise un apport oral quotidien de 2000 UI aux femmes enceintes et allaitantes.

 

Quel est l'apport maximal tolérable ? Fin 2010, les autorités sanitaires Nord-américaines ont fixé la limite de sécurité (ou Upper Limit) à 4000 UI par jour. Les autorités sanitaires européennes leur ont emboîté le pas en juillet 2012. On attend donc que les autorités sanitaires françaises sortent de leur immobilisme et réévaluent rapidement leur limite de sécurité incroyablement basse (1000 UI !). C'est en tout cas ce que réclame l'Académie de Médecine qui, elle aussi, a désormais fixé à 4000 UI par jour ce qu'elle qualifie de « Niveaux Supérieurs sans danger ». Les auteurs de référence en matière de recherche sur grossesse et vitamine D, à savoir Bruce Hollis et Carol Wagner, ont largement prouvé, à travers leurs publications, que la prise de 4000 UI par jour dès le troisième ou quatrième mois jusqu'au terme de la grossesse n'exposait les femmes enceintes à aucun effet indésirable.

 

La vitamine D améliore l'absorption du calcium. Or, la demande de calcium s'accroît au cours du troisième trimestre de grossesse. Les médecins veillent donc à maintenir un statut correct en vitamine D en prescrivant généralement une ampoule de 100 000 UI au début du dernier trimestre de grossesse. Sur la durée du trimestre, cela équivaut donc à une prise d'un peu plus de 1000 UI par jour. Or, les études montrent qu'avec un apport quotidien de 1000 UI, on ne peut guère escompter qu'une augmentation moyenne de 5 à 6 ng/ml du taux sérique de vitamine D chez la femme enceinte. Sachant que dans nos contrées, près de la moitié des femmes enceintes ont un taux sérique indiquant une déficience marquée en vitamine D (< 20 ng/ml), on mesure de suite l'impact relativement modeste d'une telle supplémentation, qui ne garantit nullement que la valeur plancher de 30 ng/ml puisse, à coup sûr, être atteinte et dépassée – ou même simplement approchée – par l'immense majorité des futures mamans. Et passons sur le fait qu'une supplémentation trimestrielle massive a toutes les chances de donner de moins bons résultats qu'une supplémentation quotidienne – ou même hebdomadaire.

 

À la lumière de ce qui précède – et compte tenu du fait qu'environ ¾ des femmes enceintes sont déficitaires en vitamine D -, le thérapeute avisé gagnera donc à recommander à ses patientes la prise de 2000 UI par jour tout au long de leur grossesse. En l'absence de supplémentation au cours des deux premiers trimestres de grossesse, le thérapeute n'hésitera pas à proposer à ses patientes la prise de 4000 UI durant le dernier trimestre, surtout si le terme de la grossesse est prévu pour la fin de l'hiver ou le début du printemps.

 

Seules de telles doses sont à même d'augmenter sensiblement les chances des femmes enceintes de dépasser la valeur plancher de 30 ng/ml, encore que l'objectif à viser dès le départ devrait être la fourchette de 40-60 ng/ml. Pour que la femme enceinte et sa future progéniture bénéficient pleinement des effets osseux ET extra-osseux de la vitamine D, il est en effet plus que souhaitable de maintenir le taux sérique au-dessus de la valeur seuil optimale de 40 ng/ml.

 

 

 

Didier Le Bail

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  • : Le blog de vitamined.over-blog.com
  • : La déficience en vitamine D est désormais reconnue comme une véritable pandémie. L'objectif de ce blog est de sensibiliser les internautes à l'importance de la vitamine D dans la prévention de très nombreux problèmes de santé, dont l'ostéoporose, les fractures, les cancers, les maladies cardio-vasculaires, auto-immunes et infectieuses (notamment grippe). En prime, tout un tas d'infos et conseils pratiques (groupes à risque, interprétation du test sanguin, supplémentation...).
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